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"Marché de l’art – Chapitre 7 - Le land art; Quand Art rime avec Grande nature"

"Marché de l’art – Chapitre 7 - Le land art; Quand Art rime avec Grande nature"

Apparu à la fin des années 1960, le Land art est l’art qui entend fusionner avec la grande nature. Pour voir les œuvres achevées, le défi est de les trouver, ce qui n’est pas une mince affaire. Dans bien des cas, il n’y a pas de route, il faut un GPS et un véhicule robuste. Et encore faut-il qu’elles n’aient pas été détruites par les intempéries. Ce dépaysement et cette incertitude sont caractéristiques du Land Art.

 


Le Land Art, un art fait pour échapper au circuit commercial

Le Land Art fait partie des courants artistiques, comme l’art conceptuel, l’arte povera, l’installation, la vidéo, l’esthétique relationnelle, qui tournent le dos au tableau-objet à partir des années 1960. Le tableau est alors vu comme une marchandise, un objet du commerce. Par leur choix de créer des œuvres à même la nature en utilisant des matériaux bon marché, les artistes du Land Art dénoncent l’élitisme du monde de l’art. Ils veulent démocratiser l’art en produisant un art hors commerce qui ne pourra pas entrer dans le processus habituel d’échange sur le marché. En effet, l’œuvre de Land Art fait partie intégrante du lieu où elle a été créée. Elle ne peut pas être emportée! 
 

Land Art américain et Land Art britannique, aux antipodes l’un de l’autre

Les artistes américains et britanniques partagent le désir de travailler la nature elle-même, très souvent avec les matériaux qui s’y trouvent. Les uns et les autres ont cependant des sensibilités différentes qui se reflètent par des façons d’utiliser le terrain naturel aux antipodes l’une de l’autre.

 

Le Sud-Ouest américain a été un lieu propice pour accueillir le Land Art aux États-Unis. Voulant remodeler le sol de fond en comble, les artistes américains ou leurs galeristes ont souvent dû se porter acquéreurs du terrain pour avoir toute la liberté d’en disposer à leur guise.

 

Le Land Art américain se caractérise par la démesure. Les artistes font des travaux d’envergure nécessitant de la machinerie lourde. L’homme est minuscule dans l’œuvre. La monumentalité est telle que l’œuvre peut être vue et expérimentée à un endroit précis… tant qu’elle résiste aux aléas climatiques.

 

Au contraire, les artistes britanniques ont inscrit dans le sol de leur arrière-pays un Land Art beaucoup moins interventionniste. Ils n’emploient aucun outil, le corps de l’artiste suffit. La trace à échelle humaine, extrêmement discrète des Britanniques, témoigne d’une sensibilité écologique qui est en phase avec leur pratique ancestrale de la randonnée et leur longue tradition du paysage —le jardin anglais n’est pas artificiel, il imite la nature. L’œuvre peut se résumer à une simple ligne de cailloux déposés par l’artiste le long de son parcours à pied sur des terres publiques. Sans forme identifiable, il est impossible de la retrouver sur le terrain. Seule la trace photo subsiste.


Le Land Art, comme sculpture et comme performance

Les deux écoles de Land Art créent une sculpture spatialisée en ce sens qu’elle interagit avec l’espace environnant. L’œuvre est soumise aux éléments naturels et l’artiste en assume la vulnérabilité. Les œuvres ne visent plus à la pérennité et certaines sont carrément éphémères. Ainsi, le Britannique Richard Long pousse la volonté de non-intervention sur la nature en laissant la dimension performative prendre le dessus. Il fait de la marche elle-même le fondement de son art. Œuvre éphémère par excellence puisque la performance n'a lieu qu'une seule fois, le déplacement lui-même devient l’œuvre d’art. Bien sûr, Richard Long laisse des traces en alignant des cailloux ou en grattant le sol, mais au bout du compte rien de matériel n’est produit.

 
 
 Source : smileheartlove

Source : smileheartlove

 
 

Le Land Art en galerie : quand la documentation devient une œuvre d’art

L’affranchissement du commerce est relatif. Les galeries et musées veulent exposer ces œuvres d’une manière ou d’une autre. Les artistes développent donc des stratégies documentaires. Américains et Britanniques ont documenté leurs œuvres au moyen de photos et de films qui ne se substituent pas à l’œuvre réalisée sur le site, mais qui y donnent un certain accès.

Les Américains privilégient une documentation purement visuelle, par exemple au moyen de fragments, de reliques de l’œuvre, exposés hors site. Ces « non-sites » rassemblent par exemple une photo du lieu et un échantillon des pierres de la carrière d’où sont tirés les matériaux de l’œuvre.

 

Les Britanniques ont davantage recours au langage verbal, aux notes qui laissent place à l’imaginaire, au poétique. On pense au Four Day Coastal Walk d’Hamish Fulton, une œuvre de 1977 documentée par des photos et du texte. Dans les années 1990, Andy Goldsworthy utilise encore la photo pour immortaliser son travail. On ne peut pas tourner autour de l’œuvre, mais le document permet au moins d’en éprouver la fragilité.  Proche de l’art conceptuel, Richard Long publie le protocole, la tâche qu’il se fixe pour réaliser l’œuvre.
 

Le Land Art, de la grande sculpture à voir aux États-Unis seulement

Il faut aller aux États-Unis pour voir des œuvres de Land Art sur le site. En Grande-Bretagne, le Land Art n’est pas localisé.

 

Des œuvres emblématiques ont été réalisées en sol américain. Spiral Jetty de Robert Smithson au Grand Lac Salé en Utah. L’artiste savait que les bactéries et le degré de salinité du lac feraient varier la couleur de l’eau. Le travail chromatique de la nature prend le relais de l’artiste et fait partie de l’œuvre.

 
 
 Credit : Gianfranco Gorgoni

Credit : Gianfranco Gorgoni

 
 
  • Double Negative de Michael Heizer a exigé le déplacement de 240 000 tonnes de terre pour la création d’un espace négatif, une longue tranchée dans le désert du Nevada.

Son œuvre North East/South West— présentée au Dia:Beacon, un centre d’exposition situé dans l’État de New York—, est une déclinaison « version galerie » de la précédente avec ses formes de 15 à 20 pieds de profondeur creusées dans le plancher. 

 
 Credit : Summitridge Pictures

Credit : Summitridge Pictures

 

Light on corn Field de Walter de Maria, au Nouveau-Mexique. L’œuvre d’art existe seulement lorsque la foudre tombe sur des mâts-paratonnerres disposés pour en favoriser l’activité, un phénomène naturel que l’artiste ne contrôle pas.

 
 
  • Sun Tunnels de Nancy Holt fait référence à un événement astronomique : quatre tunnels formant un X sont alignés de façon qu’aux solstices de juin et de décembre, le soleil passe au milieu. 
 
 Source : teoti

Source : teoti

 

En présence de ces œuvres, la différence d’échelle fait vivre au spectateur l’expérience du sublime.

 

En fin de compte, le Land Art nous propose une esthétique à large spectre. Il y a les œuvresspectaculaires des artistes américains que l’appel de l’aventure peut nous amener à aller voir sur le terrain. Il y a les œuvres impossibles à localiser des artistes britanniques.  Et il y a l’essence de leur travail que les artistes des deux écoles ont encapsulé pour nous sous forme de photos, de prélèvements et de textes poétiques ou descriptifs devant lesquels on peut méditer pour se connecter à l’expérience originale.

 

Head image: Robert Smithson’s 1970 work “Spiral Jetty,” in the documentary, “Troublemakers: The Story of Land Art.

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